URBANISTE & DESIGNER
CONCEPTION PAR LE CLIMAT EN



Comment la climatisation réchauffe les rues en ville jusqu’à +10°C ?



Illustration


Quand on parle des climatiseurs et de leurs nuisances extérieures, j’entends souvent que « ça rejette un peu de chaleur » comme si cela ne posait pas problème. À lire certains travaux, il semblerait effectivement que les rejets de chaleur soient relativement faibles.

Une étude publiée en 2020 estime que climatiser tout Paris en période de canicule reviendrait à augmenter la température de l’air de seulement +0,25 à +0,75°C dans le centre de la ville. Ça paraît pas grand-chose.

Mais elle s’appuie sur un outil de modélisation (modèle TEB) qui se base sur une géométrie très simplifiée et suppose que l’air de la rue qui entoure les bâtiments forme un seul bloc homogène. C’est utile pour faire une étude à l’échelle d’une métropole, mais pas pour connaître ce qui se passe concrètement dans une rue.

Pour étudier le transport local de chaleur dans une rue, il faut un outil de mécanique des fluides (CFD) et étudier le rapport de forme des rues (hauteur des bâtiments/largeur des rues ou H/W).

Une étude publiée en 2025 montre par exemple que dans une rue très étroite (H/W = 5), les rejets de chaleur des climatiseurs peuvent provoquer localement une augmentation de température de l’air de 2 à 10°C en fonction du vent.

Oui, vous avez bien lu, on parle de +10°C.

En faisant la moyenne sur la couche d’air dans laquelle circulent les piétons (entre 0 et 2 mètres), l’étude estime qu’ils seraient exposés à +8°C sous l’effet des rejets de chaleur dans une rue très étroite. C'est absolument colossal.

Ces résultats sont nettement supérieurs aux valeurs moyennes obtenues par les modèles urbains utilisés à l'échelle d'une ville entière et sont bien loin des 0,75°C modélisés par TEB. Ils rappellent que l'impact de la climatisation sur l'espace public dépend fortement de la géométrie des rues à l'échelle du microclimat.

Bien sûr, tout cela ne vaut que dans le cas où les unités extérieures donnent sur la rue, car la surchauffe devient presque négligeable (1°C) quand elles sont en toiture. La climatisation sauve des vies mais son développement ne doit pas se faire au détriment de la qualité et du confort des espaces publics.

Nos villes européennes anciennes possèdent des rues qui doivent pouvoir conserver toute leur valeur et leur praticabilité pour les commerces, le tourisme et la qualité de vie qu’elles procurent. Voulons-nous sacrifier l’habitabilité de l’espace public pour sauver nos intérieurs ?



Images :
- gauche : Température de l’air dans une rue étroite (H/W = 5) sous l’effet de la climatisation en façade (Yujie Zhao et. al., 2025)
- droite : Rue étroite d’un centre ancien climatisé

Sources :
- Modèle TEB (Vincent Viguié et. al., 2020)
- Modèle CFD (Yujie Zhao et. al., 2025)






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